Créatures de Noël et rituels oubliés : comment traverser le solstice entre ombres et légendes
- mheurtevin
- 16 déc. 2025
- 5 min de lecture

Noël entre lumière et ténèbres : une fête au seuil de l’hiver
Noël, aujourd’hui, c’est la fête des enfants, des guirlandes lumineuses suspendues aux fenêtres, des tables dressées pour les retrouvailles. On cherche à se rassembler, à créer un refuge contre le froid, à croire que la chaleur des foyers suffit à tenir l’hiver à distance.
Pourtant, dehors, la terre est figée. Les jours se rétractent, la nuit s’étire, et le silence gagne une épaisseur troublante. Sous la neige ou le givre, le monde semble retenir son souffle, comme s’il attendait autre chose que les réjouissances humaines.
Nos ancêtres le savaient. À cette époque de l’année, lorsque l’obscurité s’installe pour de longues semaines, on ne traversait pas les nuits d’hiver sans précautions : on observait cette période avec prudence car on pensait qu’un portail s’ouvrait et que certaines présences surnaturelles profitaient de l’obscurité et du froid pour s’approcher des foyers humains. Nous n’en citerons ici que quelques-unes, parmi une multitude de figures qui hantent l’imaginaire européen.
Les créatures de Noël dans le folklore européen

• Krampus : l’ombre de Saint Nicolas dans les Alpes
Dans les Alpes, on murmurait le nom de Krampus, créature cornue qui suivait Saint Nicolas dans les nuits de décembre. Tandis que le saint récompensait les enfants sages, son ombre se chargeait des autres. On disait qu’il fouettait les désobéissants, et que certains disparaissaient à jamais dans la neige après son passage.
Son nom viendrait du mot allemand Krampen, qui signifie “griffes”, et il était souvent représenté avec des cornes, un corps poilu et des chaînes qui résonnaient dans la nuit.
Aujourd’hui encore, il est célébré lors des Krampusnacht, des défilés spectaculaires en Autriche et en Allemagne où des hommes masqués incarnent son visage terrifiant. Son image s’est répandue dans la culture moderne : films d’horreur de Noël, romans et même séries télévisées l’ont popularisé comme sans doute la créature malveillante la plus emblématique de la saison.
Perchta : la dame des foyers alpins
Dans les régions alpines encore, une figure plus ambiguë hantait les récits hivernaux. On l’appelait Perchta. Elle pouvait se montrer sous les traits d’une belle femme, silencieuse gardienne des foyers, récompensant les travailleurs appliqués. Mais elle prenait parfois une forme plus terrifiante, mi-humaine mi-bouc, et punissait cruellement les paresseux. On disait qu’elle ouvrait les ventres pour les remplir de pierres.

Le Chat de Yule et Grýla : ogresse et monstres d’Islande
Plus au nord, là où l’hiver semble ne jamais finir, l’Islande redoutait d’autres présences. Dans les campagnes, les parents mettaient en garde contre un chat gigantesque, le chat de Yule ou Jólakötturinn, tapis dans les congères, prêt à dévorer ceux qui n’avaient pas reçu de vêtements neufs avant Noël.
On parlait aussi d’une ogresse, Grýla, qui dévorait les enfants désobéissants. Autour d’elle gravitaient ses fils grotesques, moins meurtriers mais tout aussi inquiétants, surgissant un à un au fil des nuits pour voler la nourriture et tourmenter les enfants imprudents.

Mari Lwyd : le cheval fantomatique du Pays de Galles
Plus à l’ouest, au Pays de Galles, les nuits de Noël voyaient surgir une apparition singulière : un cheval fantomatique, crâne blanchi et mâchoires claquantes, porté de maison en maison.
Dans certaines vallées, elle ne venait pas seule : accompagnée d’un palefrenier, parfois d’un bouffon ou d’une Dame, elle entamait des joutes de rimes appelées pwnco avec les habitants.
Le Mari Lwyd frappait aux portes, exigeant hospitalité. Refuser, c’était s’attirer malchance et malédiction pour l’année à venir.
Les Kallikantzaroi : gobelins des Douze Jours de Noël
Dans les Balkans et certaines régions de Grèce, on redoutait la venue des Kallikantzarois durant les Douze Jours de Noël. On croyait qu’à partir du 25 décembre, ces gobelins malveillants quittaient leurs repaires souterrains pour envahir les maisons. Pour s’en protéger, on accrochait aux portes des objets inquiétants, parfois même des ossements, afin de détourner ces créatures destructrices avant l’Épiphanie.
On faisait donc face à une succession de nuits inquiétantes, peuplées de récits, d’avertissements et de créatures chargées de rappeler que l’hiver appartenait autant aux ombres qu’aux hommes.
Rituels oubliés pour se protéger des ténèbres du solstice
Lorsque les nuits semblait s’installer pour toujours, les hommes n’attendaient pas passivement le retour de la lumière.
Les feux du solstice : rappeler le soleil
Dans l’Europe du Nord, bien avant les décorations et les sapins, on allumait des feux au moment du solstice d’hiver. Ces flammes n’étaient pas seulement destinées à réchauffer les corps, elles avaient pour rôle de rappeler au soleil le chemin du retour, et de tenir à distance ce qui rôdait dans l’obscurité.
La bûche de Noël : un rempart contre l’obscurité
Dans les foyers, on brûlait la bûche de Noël comme on aurait dressé un rempart. Elle devait protéger la maison, ses habitants et leurs nuits. On la veillait attentivement, car l’on savait que certaines nuits étaient plus dangereuses que d’autres.
La Wild Hunt : la chasse spectrale des nuits d’hiver
On racontait par exemple que parfois, une chasse invisible traversait le ciel, la Wild Hunt, menée par des figures spectrales, dont le passage annonçait malheur et mort. Alors on fermait les volets, on restait près du feu, et l’on évitait de prononcer certains noms interdits.
Mais la protection ne passait pas seulement par la flamme. La voix aussi avait son pouvoir.
Les chants de Noël : voix protectrices et invocations
À travers l’Europe, on chantait pour rassurer les vivants et apaiser l’invisible. Ces chants collectifs, que nous appelons aujourd’hui chants de Noël, n’étaient pas de simples mélodies festives : entonnés dans les églises, sur les places ou autour du foyer, comme on aurait tracé un cercle protecteur.
On invoquait les anges, certes, mais l’on savait aussi que toute invocation pouvait être entendue par d’autres présences. Les voix humaines, portées par l’air glacé, montaient dans la nuit hivernale comme des appels. Certains murmuraient que ce que l’on chantait avec ferveur pouvait attirer bien plus que la bénédiction espérée.
Noël entre ombres et légendes
Ainsi, Les créatures de Noël et rituels oubliés nous rappellent que cette période de l'année n’était pas seulement une fête de lumière, mais une traversée des ténèbres. Les créatures, les rituels et les chants rappelaient que l’hiver était un seuil fragile, où l’on cherchait à protéger les foyers contre ce qui rôdait dans l’ombre.
Mais que se passait-il lorsque les voix s’éteignaient, lorsque les flammes s’affaiblissaient ? Les hommes, alors, se tournaient vers une autre forme de protection : les récits. Histoires de spectres, apparitions mystérieuses, témoignages troublants… Noël devenait aussi la saison des fantômes.
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