Les fantômes du noël victorien : traditions hantées et récits d’hiver
- mheurtevin
- 24 déc. 2025
- 5 min de lecture

Noël victorien : quand les fantômes entraient dans les salons
Lorsque les chants se taisaient et que le feu commençait à faiblir, il ne restait plus qu’une chose à faire : rester ensemble. Dans les maisons victoriennes, la fin de l’année n’était pas un temps de divertissements bruyants, mais de retrait, un Noël victorien plus sombre, presque hanté. On se rapprochait du foyer, on tirait les rideaux, et l’on s’installait pour traverser la nuit.
C’est dans cette atmosphère feutrée que les récits prenaient toute leur place. Les Victoriens avaient hérité des gestes anciens (la flamme, la voix, la veillée) et les avaient transformés en une tradition littéraire, celle des histoires de fantômes de Noël. Noël était perçu comme un moment particulier, un intervalle fragile où le monde des vivants semblait moins hermétique qu’à l’ordinaire. On croyait que le voile séparant les deux rives s’amincissait, et que les morts pouvaient, pour un temps, s’approcher.
Les histoires de fantômes n’étaient pas racontées pour provoquer la peur seule, mais pour donner une forme à l’inquiétude diffuse qui accompagnait l’hiver. On les murmurait après la musique, lorsque la maison était silencieuse, persuadé que certaines présences pouvaient entendre. Les voix humaines, réunies dans la chaleur du salon, devenaient à leur tour des appels lancés dans l’ombre.

Charles Dickens cristallisa cette tradition avec A Christmas Carol, publié en 1843. Les trois esprits qui visitent Scrooge ne surgissent pas par hasard : ils incarnent cette croyance persistante selon laquelle Noël autorise les revenants à franchir les seuils. D’autres auteurs prolongèrent ce goût pour les spectres hivernaux, de M. R. James à Sheridan Le Fanu, en passant par Elizabeth Gaskell, dont les récits accompagnaient souvent les soirées d’hiver.
À la fin du XIXe et au début du XXe siècle, les veillées de Noël s’accompagnaient souvent de récits gothiques, où des maisons anciennes, des chambres verrouillées et des présences invisibles rappelaient que l’hiver n’était jamais entièrement apprivoisé.
Ainsi, longtemps, Noël demeura une période où l’on acceptait l’idée que les frontières se relâchent. Un temps suspendu, propice aux apparitions, aux avertissements et aux retours. Mais cette tradition de l’ombre a-t-elle réellement disparu… ou avons-nous simplement cessé de lui laisser une place, dans notre folklore hivernal ?
Fantômes de Noël aujourd’hui : héritages, lieux hantés et témoignages
Quand on parle de « période de fin d’année hantée », on pense d’abord à Halloween.
Noël, lui, brille de lumières et de rires : pour la plupart d’entre nous, il se pare de guirlandes et de cadeaux, et l’on préfère croire qu’à cette époque de l’année, les ombres se sont retirées, loin de toute idée de Noël hanté.
Pourtant, il suffit parfois de franchir le seuil d’une vieille demeure, d’un théâtre ou d’un pub historique pour sentir que l’hiver n’a pas totalement renoncé à ses présences invisibles.
Voici quelques échos contemporains, recueillis dans des lieux hantés, où le voile entre vivants et morts semble s’effacer, ne serait-ce qu’un instant, à chaque fin d’année…
Lizzie Borden House : maison hantée et récits de fantômes à Noël

On vient aujourd’hui payer l’entrée, franchir la porte d’une maison qui garde la mémoire d’un meurtre ancien. On y dort, on y visite, on y rit parfois, et les visiteurs continuent d’affluer, y compris durant la période de Noël.
Et pourtant, certains racontent entendre des pas traverser des chambres inoccupées, ou apercevoir des silhouettes noires glissant le long des murs.
La bâtisse, ouverte au public comme un reliquaire, continue de prêter au doute : ce sont des ombres, disent certains ; d’autres préfèrent parler de souvenirs qui ne veulent pas s’effacer…
Luibeilt : refuge écossais réputé hanté et témoignages modernes

Il existe des maisons dont le nom circule en chuchotements sur les forums et dans les podcasts.
Luibeilt figure sur ces cartes modernes de l’étrange : vidéos, récits d’enquêteurs et publications amateurs donnent à ce lodge une réputation hantée.
Ces traces prennent souvent la forme d’enregistrements et d’images partagés sur le web, évoquant des objets déplacés, des bruits inexpliqués, une atmosphère lourde.
Convaincants pour certains, imparfaits pour d’autres, et toujours discutés.
Dames Blanches : légende hantée et apparitions en France

Ici même, en France, la Dame Blanche ne vit pas qu’en légende : les journaux régionaux en parlent encore, et des manifestations locales portent son nom.
Entre articles et randonnées qui célèbrent cette figure, la silhouette blanche reste présente dans l’imaginaire des campagnes, moins comme menace isolée que comme écho d’un paysage où la mémoire se lève la nuit.
Pub hanté de Clacton : Robert Burre Pub, apparitions et enquêtes paranormales

Dans un pub historique de Clacton, jadis une ferme du XIVe siècle, un groupe local d’enquêteurs du paranormal (le Ghosts and Paranormal Society Essex - GAPS) explore régulièrement l’invisible.
Lors d’une soirée de novembre 2025, une jeune membre prit une photo dans une salle vide… et y apparut ce que tous crurent être « le visage d’un fantôme ». Susan Vousden, 67 ans, nota que la forme rappelait le profil d’une religieuse.
D’autres récits du pub évoquent parfois une nonne silencieuse, et même un « petit fantôme de fillette » que le personnel sent tirer sur leurs vêtements.
Ici, bruits inexpliqués, voix répétitives, manifestations étranges : autant de signes qui confirment que, même au XXIe siècle, l’hiver laisse un espace aux ombres dans les maisons chargées d’histoire.
Rituels de Noël modernes : repousser les ténèbres aujourd’hui
De nos jours, nous croyons avoir laissé derrière nous les feux du solstice et les incantations païennes. Pourtant, chaque guirlande électrique, chaque bougie parfumée, chaque sapin illuminé perpétue un rituel ancien, souvent sans que nous y pensions.
Les bûches brûlaient pour chasser les esprits ; nous branchons des kilomètres de LED pour repousser l’obscurité. Peut-être que nos lumières modernes sont devenues plus puissantes que les flammes d’autrefois, tenant à distance les créatures qui rôdaient autrefois dans la neige.
Quant aux chants, ces carols médiévaux qui invoquaient anges et spectres ont laissé place aux playlists modernes. Mais qui sait… avons-nous délégué cette mission à une seule voix, répétée chaque hiver, celle de Mariah Carey ? Peut-être est-elle, sans le savoir, une sorcière, et que son refrain “All I Want for Christmas Is You” est un sortilège si puissant qu’il repousse les monstres mieux que n’importe quel feu de solstice.
Joyeux Noël hanté
Ces récits de fantômes, hérités du folklore hivernal et des traditions anciennes, continuent de hanter nos imaginaires bien après la fin des fêtes.
Noël est une fête double : lumière et chaleur d’un côté, ténèbres et apparitions de l’autre. Les fantômes n’ont pas cessé d’exister, mais nous avons choisi de les ignorer.
Pourtant, chaque hiver, ils continuent de se manifester, dans les maisons, les théâtres, les ruines et sur les routes enneigées.
Alors, cette année, peut-être faudrait-il écouter le silence de l’hiver… peut-être entendrez-vous des pas invisibles, ou le souffle glacé d’une Dame Blanche.
Et si vous en apercevez un, gardez-le comme un secret à partager seulement avec ceux qui savent regarder entre les ombres.
Sources et échos contemporains du hanté
— Lizzie Borden House (Fall River, Massachusetts, États-Unis) Site officiel et récits de visiteurs recueillis lors de visites et séjours contemporains.
— Luibeilt Lodge (Highlands, Écosse, Royaume-Uni)
Article de presse de la BBC
— Dames Blanches (France) Articles de presse de Marianne — Pub Robert Burre (Clacton-on-Sea, Essex, Angleterre, Royaume-Uni)


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