Témoignage · Paranormal
Les Ombres m’ont suivie
Témoignage d’une vie hantée, entre présence et silence
Pendant longtemps, j’ai gardé le silence, par pudeur et par peur aussi.
Et puis un jour, j’ai compris que ces choses qui m’avaient traversée, il fallait les écrire. Non pour m’en débarrasser mais pour qu’elles trouvent enfin une place.
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Disponible en broché
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Dédicace + marque-page exclusif inclus
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Préface de Véronique Geffroy, Château de Fougeret
12,99 €
+ frais de port
Premier chapitre
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La cassette de Blanche-Neige
Le premier trouble sonore
On ne s’en rend pas compte quand on est enfant, mais certains lieux ont une lumière particulière. Celle-là, je l’ai longtemps cherchée ailleurs. La maison où j'ai grandi, en Seine et Marne, m'évoque l’odeur de l’herbe fraîchement coupée dans le jardin, les goûters sucrés, le parfum de ma mère qui sent la fleur d’oranger. Nous sommes dans les années 90. J’ai environ sept ans. Mon petit frère, qui a trois ans, et moi, jouons tranquillement dans ma chambre à l’étage pendant que maman prépare le dîner en bas. Ma chambre donne sur le couloir, qui mène à la chambre de mon frère, celle de mes parents, aux toilettes, à la salle de bain et à l’escalier. Les murs sont tapissés de papier à motifs fleuris, de posters de personnages de Disney, et sur la moquette rose, quelques jouets traînent : des Playmobil, des petites voitures, des livres. Une chaîne hi-fi trône sur une étagère. À côté d’elle, une petite boîte en plastique regorge de cassettes, notamment celles de Marlène Jobert qui racontent des histoires. Ce jour-là, on a choisi Blanche-Neige. La maison baigne dans cette lumière dorée de fin de journée que j’aimais tant, douce, rassurante, presque suspendue. La lumière à travers la fenêtre dessinait des carrés jaunes sur la moquette, et je m’amusais à faire marcher mes Playmobils dedans comme dans des zones magiques. Il y avait une paix dans l’air. Une paix d’enfant. J’ai longtemps cru qu’elle durerait toujours. La voix du narrateur défile, familière et rassurante. Soudain, un bruit surgit autour de nous. Il provient de mon petit coffre à bijoux rangé sur ma table de chevet. Je visualise mentalement les précieux trésors que j'y cache et je comprends alors de quoi il s'agit : parmi mes babioles se trouve un porte-clés avec une figurine en plastique, un bébé en couche bleue qui pleure quand on appuie sur un bouton. Pour une raison inexpliquée, la figurine pleure toute seule. Je ne comprends pas comment le jouet a pu s’activer, mais le simple fait d’en identifier l’origine me rassure. Je me lève et m'en empare pour essayer de l'éteindre. Mais voilà : il n’y a pas de bouton pour l’arrêter. Normalement, les sanglots s'arrêtent au bout de quelques secondes mais là, pas moyen de le faire taire. Mon frère s’approche, essaye de l’attraper à son tour pour tenter de l’arrêter et nous commençons à nous chamailler. Jusqu’à ce qu’un bruit étrange vienne nous perturber : la cassette se met à grésiller, la voix devient grave, ralentie, presque déformée. Mais rapidement, nous comprenons que c'est simplement un enchevêtrement de la bande magnétique, un problème fréquent avec nos cassettes usées. Comme notre dispute reprend de l'ampleur et que j'aime avoir le dernier mot (après tout, c'est de mon jouet qu’il s'agit), je décide de descendre à la cuisine avec le porte-clés pour que ma mère trouve une solution, et j'en profite pour lui demander de venir réparer la cassette. Elle ne parvient pas non plus à calmer le bébé en plastique. Alors elle finit par retirer la pile. Puis elle me suit dans ma chambre. La cassette continue à faire ce bruit anormal, presque hypnotique. Je pense qu’elle va simplement appuyer sur stop, souffler un peu dans le lecteur et rembobiner à la main la bande. Mais non. Quelque chose change dans son visage. Elle pâlit. D’un geste brusque, elle arrache la cassette, lève à peine les yeux vers nous, et quitte la pièce sans un mot. Mon frère et moi restons figés. On suppose qu’elle est descendue chercher un stylo pour réparer la bande, mais les minutes passent. Elle ne revient pas. Je décide de la rejoindre. Une odeur de cuisine flotte dans l’air, en contraste total avec la tension étrange qui m’habite. « Maman, tu as réparé la cassette ? » Ma mère ne me répond pas. Je la sens tendue, concentrée sur l'épluchage des légumes. Je cherche la cassette des yeux, mais elle n'est nulle part. J'insiste : « Tu l'as mise où, ma cassette ? - Poubelle » répond-elle brusquement. Je suis déçue. Et je sens qu’un malaise flotte. Ma mère est nerveuse. Peut-être m’en veut-elle de l’avoir interrompue au lieu de l’aider ? Je l'observe silencieusement, notant ses gestes rapides et son regard fuyant. Elle me cache quelque chose, je le sens. « Je veux récupérer ma cassette. Je vais essayer de la réparer moi-même, dis-je, déterminée. - Non, réplique-t-elle, plus fermement. Tu peux reprendre ton porte-clés, il n'y a plus de pile, et dis à ton frère de descendre. Venez mettre la table, ton père va rentrer. » Son ton est définitif. Je sais qu'il ne sert à rien d'insister. Cette situation peut sembler banale. Mais ce jour-là, quelque chose s’est inscrit en moi. Un flottement. Un nondit. Une faille qui s’ouvre. Concernant le porte-clés, je ne l'ai plus, il a dû finir à la poubelle aussi. Je m'en souviens parfaitement de ce jouet, ma mère me l’avait offert, on l'avait acheté dans une de ces boutiques appelées « Soho », une chaîne de carterie. Il était à quatre pattes, avec sa petite couche bleue et une mèche blonde moulée au milieu du front. Il avait un visage rond, naïf. Le bruit qu’il faisait quand il se mettait à pleurer était un cri électronique nasillard, à mi-chemin entre le jouet et l’alarme. Des années plus tard, j’ai tenté de le retrouver, comme si cela pouvait m'apporter une preuve supplémentaire que ce souvenir est réel. J’ai fouillé les brocantes, les sites d’occasion, les forums de collectionneurs. Mais rien. Aucune image, aucun modèle similaire. C’est comme s’il n’avait jamais existé. Et cela rend l’événement de ce jour là encore plus étrange, comme si ce jouet, ce bruit, cette mémoire, n’avaient existé que pour moi. Des années plus tard, ma mère m’avouera qu’elle m’avait effectivement caché quelque chose ce jour-là. Cette cassette, ce grésillement, ce rejet brusque : ce fut le premier signal. Le premier événement sonore anormal dans mon parcours. Et il en appellera d’autres. Des bruits étranges. Des voix. Des appareils qui s’activent seuls. Un motif sonore, un fil rouge, qui traversera toute ma vie. Je pensais que ces choses disparaîtraient avec l’enfance. J’avais tort. Bienvenue dans mon monde, où les frontières entre le réel et l'irréel s'effacent dans l'obscurité, et où l'imagination se transforme en cauchemar.
— La suite dans le livre —
Ce livre, c'est ma vérité.
Pas une fiction. Un récit traversé par l'invisible, les chuchotements, les signes.
Broché · Dédicacé · Marque-page exclusif inclus




